D'abord, voici un lien sur le reportage en question : Les OGM sont ils dangereux pour la santé? L'étude qui accuse. Il s'agit d'un reportage de l'émission 90 minutes/lundi investigation. Celui-ci a été diffusé le 15 nov. 2005.

Une affaire de confiance

Ce reportage nous présente une enquête sur l'OGM MON863 de la société Monsanto. L'étude montre qu'il existe des doutes raisonnables sur l'innocuité pour les mammifères (dont l'Homme) mais que le céréalier fait son possible pour l'occulter. Pour moi, le plus scandaleux, dans cette affaire, est le fait qu'un ministère se retranche derrière le secret industriel pour ne pas avoir à communiquer les enquêtes d'innocuité réalisées par le concepteur.

Les intérêts industriels en jeu sont, bien entendu, considérables. Les enjeux démocratiques le sont tout autant: aujourd'hui les pouvoirs publics, administration et gouvernants, sont clairement accusés par une partie de la population d'être purement et simplement vendus, ou au minimum manipulés, par les céréaliers. Une telle attitude du ministère de l'agriculture ne risque évidemment pas de rassurer les citoyens,... pas plus que les consommateurs d'ailleurs.

La désinformation

Comme de nombreux amis, j'ai reçu un courrier me renvoyant vers la vidéo et me la présentant comme un reportage interdit: {{Attention ! Cette vidéo risque de disparaître du Web dans les heures qui suivent. | Apparemment interdite de diffusion sur Canal+ ...}}. Comme je l'ai indiqué plus haut ceci est faux: le reportage a déjà été diffusé. En revanche, il n'est pas dit que Canal+ ait autorisé cette diffusion. La vidéo semble en ligne depuis fin janvier; nous verrons pour combien de temps. Cela leur fait de la pub... je gage que ça durera!

Le message qui accompagne la vidéo est souvent extrêmement alarmiste, moins serein en tout cas que le reportage lui-même. Ceci incite au doute sur le contenu de ce dernier, bien sûr. Voici un lien vers un résumé en texte du reportage. Pour être équilibré, voici un lien vers un billet qui fait une critique en règle du reportage (T. Poisot sur AgoraVox). L'auteur relève plusieurs approximations et des propos orientés, mais lui aussi tombe un peu dans la caricature. Par exemple, il est bien clair qu'un humain ne mangera pas exclusivement de ce produit particulier pendant des années; pour autant, aux USA, où les OGM sont libres, il est bien clair que certaines personnes sont majoritairement nourries de produits à base d'OGM dont l'inocuité n'a pas été testée de façon libre et contradictoire.

Quelques rappel des règles de base pour se protéger de la désinformation:

  • évitez de propager une information non vérifiée,
  • ne propagez jamais un e-mail qui demande à être transmis largement mais n'indique pas de date de fin,
  • exercez votre esprit critique, pesez le pour et contre.
Science et société

On le voit, les raccourcis rapide sont des deux côtés. Il est donc nécessaire de rappeler quelques faits de base que devraient connaître chaque citoyens et qui devraient faire partie de la culture scientifique commune.

  1. La nocivité pour la santé des OGM ne peut être envisagé globalement. Certains OGM produisent des médicaments et sont très strictement contrôlés. Inversement il est bien évident que les produits destinés à la consommation animale ne bénéficient pas d'un tel contrôle. Ce reportage nous montre que les céréalier sont encore loin de vouloir jouer la transparence sur ce point. Est-ce grave? Cela dépend: certains d'entre nous acceptent une part de risque, d'autre réclament au préalable de pouvoir avoir confiance dans les céréaliers.
  2. Le bénéfice social n'est pas clair non plus et demande une réflexion critique. Les céréaliers et leurs lobbyistes mettent en avant une productivité plus importante et donc plus de moyens de nourrir l'humanité. À l'inverse, des mouvements citoyens rappellent que les céréales OGM sont conçues pour que les agriculteurs soient totalement dépendants des multinationales céréalières.
  3. Le risque écologique est, lui, plus clair. Comme pour les cultures non-OGM, le premier risque de la dépendance aux grands céréaliers est la disparition de la biodiversité. Le second risque est celui de la dissémination. En effet, on sait maintenant que des mécanismes naturels font que des gènes peuvent transiter d'une plante (OGM) à une autre (non-OGM), par la reproduction bien sûr mais pas seulement. Même si le terme consacré est contamination, celle-ci n'est pas négative en soi; le risque est qu'elle nous prive, à terme, de la possibilité de nous débarasser d'un gène qui s'avérerait nocif ou dangereux.

Ceci étant dit, je vous laisse juges...