OGM, information et désinformation
Par Y le jeudi 8 février 2007, 15:39 - Lien permanent
Quelques commentaires sur une vidéo interdite
de Canal+ sur les OGM qui circule beaucoup en ce moment. Commentaires sur les OGM, mais aussi sur le traitement de la science et de l'information.
D'abord, voici un lien sur le reportage en question : Les OGM sont ils dangereux pour la santé? L'étude qui accuse. Il s'agit d'un reportage de l'émission 90 minutes/lundi investigation. Celui-ci a été diffusé le 15 nov. 2005.
Une affaire de confiance
Ce reportage nous présente une enquête sur l'OGM MON863 de la société Monsanto. L'étude montre qu'il existe des doutes raisonnables sur l'innocuité pour les mammifères (dont l'Homme) mais que le céréalier fait son possible pour l'occulter. Pour moi, le plus scandaleux, dans cette affaire, est le fait qu'un ministère se retranche derrière le secret industriel pour ne pas avoir à communiquer les enquêtes d'innocuité réalisées par le concepteur.
Les intérêts industriels en jeu sont, bien entendu, considérables. Les enjeux démocratiques le sont tout autant: aujourd'hui les pouvoirs publics, administration et gouvernants, sont clairement accusés par une partie de la population d'être purement et simplement vendus, ou au minimum manipulés, par les céréaliers. Une telle attitude du ministère de l'agriculture ne risque évidemment pas de rassurer les citoyens,... pas plus que les consommateurs d'ailleurs.
La désinformation
Comme de nombreux amis, j'ai reçu un courrier me renvoyant vers la vidéo et me la présentant comme un reportage interdit: {{Attention ! Cette vidéo risque de disparaître du Web dans les heures
qui suivent. | Apparemment interdite de diffusion sur Canal+ ...}}. Comme je l'ai indiqué plus haut ceci est faux: le reportage a déjà été diffusé. En revanche, il n'est pas dit que Canal+
ait autorisé cette diffusion. La vidéo semble en ligne depuis fin janvier; nous verrons pour combien de temps. Cela leur fait de la pub... je gage que ça durera!
Le message qui accompagne la vidéo est souvent extrêmement alarmiste, moins serein en tout cas que le reportage lui-même. Ceci incite au doute sur le contenu de ce dernier, bien sûr. Voici un lien vers un résumé en texte du reportage. Pour être équilibré, voici un lien vers un billet qui fait une critique en règle du reportage (T. Poisot sur AgoraVox). L'auteur relève plusieurs approximations et des propos orientés, mais lui aussi tombe un peu dans la caricature. Par exemple, il est bien clair qu'un humain ne mangera pas exclusivement de ce produit particulier pendant des années; pour autant, aux USA, où les OGM sont libres, il est bien clair que certaines personnes sont majoritairement nourries de produits à base d'OGM dont l'inocuité n'a pas été testée de façon libre et contradictoire.
Quelques rappel des règles de base pour se protéger de la désinformation:
- évitez de propager une information non vérifiée,
- ne propagez jamais un e-mail qui demande à être transmis largement mais n'indique pas de date de fin,
- exercez votre esprit critique, pesez le pour et contre.
Science et société
On le voit, les raccourcis rapide sont des deux côtés. Il est donc nécessaire de rappeler quelques faits de base que devraient connaître chaque citoyens et qui devraient faire partie de la culture scientifique commune.
- La nocivité pour la santé des OGM ne peut être envisagé globalement. Certains OGM produisent des médicaments et sont très strictement contrôlés. Inversement il est bien évident que les produits destinés à la consommation animale ne bénéficient pas d'un tel contrôle. Ce reportage nous montre que les céréalier sont encore loin de vouloir jouer la transparence sur ce point. Est-ce grave? Cela dépend: certains d'entre nous acceptent une part de risque, d'autre réclament au préalable de pouvoir avoir confiance dans les céréaliers.
- Le bénéfice social n'est pas clair non plus et demande une réflexion critique. Les céréaliers et leurs lobbyistes mettent en avant une productivité plus importante et donc plus de moyens de nourrir l'humanité. À l'inverse, des mouvements citoyens rappellent que les céréales OGM sont conçues pour que les agriculteurs soient totalement dépendants des multinationales céréalières.
- Le risque écologique est, lui, plus clair. Comme pour les cultures non-OGM, le premier risque de la dépendance aux grands céréaliers est la disparition de la biodiversité. Le second risque est celui de la dissémination. En effet, on sait maintenant que des mécanismes naturels font que des gènes peuvent transiter d'une plante (OGM) à une autre (non-OGM), par la reproduction bien sûr mais pas seulement. Même si le terme consacré est
contamination
, celle-ci n'est pas négative en soi; le risque est qu'elle nous prive, à terme, de la possibilité de nous débarasser d'un gène qui s'avérerait nocif ou dangereux.
Ceci étant dit, je vous laisse juges...
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J’ai été de ceux qui ont propagé l’adresse où visionner le reportage « interdit d’antenne », ce qui n’est peut être pas exact, mais cela change-t-il quelque chose au problème ? L’aviez vous vu ? L’auriez-vous vu sans ce « hoax » ? L’annuaire des étudiants de l’université de Versailles n’est pas accessible, interdisant de vérifier si l’auteur de l’article « Les OGM sont-ils dangereux pour la santé ? L’étude qui désinforme » est bien l’étudiant de 19 ans qu’il dit être. Car alors la minceur de son vernis scientifique n’empêcherait pas un ton doctoral :
* Ce documentaire «est un exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire pour que le débat progresse » : il est tout à fait exact –ça a été fait et ça se fait - que les tribunaux sont beaucoup moins engorgés et les débats beaucoup plus sereins lorsqu’une des parties n’a pas la parole
* « Or, ce maïs, qui est un cas d’école, ne présente aucune nocivité ni pour l’homme, ni pour aucune autre espèce en ayant consommé », d’ailleurs Monsanto l’a toujours dit ! Ce postulat posé, inutile effectivement d’aller plus loin (notons quand même au passage cette ânerie que ce maïs conçu précisément contre les insectes ne serait toxique pour aucune espèce !)
J’avais rapidement arrêté la lecture de ce texte la première fois où j’ai appris son existence, me disant qu’il vaudrait mieux lire directement la doc de Monsanto pour éviter de lire par exemple :
* "La première définition des OGM qui est donnée (1:42) est fausse. Le journaliste nous parle de plante[s] dans [lesquelles] des scientifiques ont introduit un gène venant d’un animal. C’est faux. OGM est un terme générique qui désigne tout organisme ayant subi une modification dirigée par l’homme de son génome"
Dire "gène venant d’un animal" est certainement une simplification abusive et en l’occurrence peut effectivement être inexact, mais seul Monsanto connaît l’origine du gène et M. Poisot s’avance à clamer que c'est faux. De toutes façons, quelle importance a son origine (animal, végétal, bactérie, virus ou "bricolage"), le problème est qu’on ignore complètement la réaction de l’organisme du consommateur (animal ou humain) à la nouvelle protéine qu’il ne connaît pas.
* « La personne qui présente ses conclusions sur l’étude de toxicité … Arpad Pusztai .. . article très controversé (Ewen et al., 1999) … expulsé…». Avec les années, M. Poisot apprendra sans doute à utiliser « et al. », l’abbréviation de « et alii » qu’emploient les Anglo-Saxons pour « et collaborateurs », mais jamais lorsqu’il n’y a que 2 noms, Ewen et Pusztai en l’occurrence. Quant à « Ewen et al., 1999) paru … en 1998 », trop facile … Le site de la National Library of Medicine (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/...) vous donnera accès aux publications de cette personne, vous pourrez constater qu’elles sont nombreuses et qu’en 2006 il publiait encore avec l’adresse du Rowett Research Institute, Greenburn Road, Bucksburn, Aberdeen, Scotland avec l’indication « Formerly » : en clair il n’y est plus mais cet institut accepte que son nom soit mentionné. . Qu’un article soit controversé est normal : une observation faite par une seule équipe a peu de valeur tant qu’elle n’a pas été croisée avec d’autres, vérifiée, … L’article, intitulé « Effect of diets containing genetically modified potatoes expressing Galanthus nivalis lectin on rat small intestine.” décrit des modifications du système gastrointestinal de rat ayant consommé des patates génétiquement modifiées. Trois mois avant, les mêmes auteurs avaient publié dans le même journal (sans vouloir entamer une polémique sur les facteurs d’impact des journaux, The Lancet est tout de même un des journaux les plus cotés) un petit article sur les risque des aliments génétiquement modifiés sur la santé (« Health risks of genetically modified foods »). Mais pour M. Poisot, « Pusztai est l’exemple même du scientifique sorti de son champ de compétence ». A force d’avoir les bras qui tombent, on va être perclus de courbatures !
Si j’agissais en tant que « reviewer », je ne pourrais bien sûr que déconseiller à une publication d’accepter ce texte vu sa totale absence de crédibilité. Mais sur internet il n’y a pas de filtre.
Déplacer le débat comme cherche à le faire cet article (avec un certain succès apparemment) risque seulement de masquer les seules questions qui comptent :
* Cette modification génétique a-t-elle un intérêt pour qui que ce soit d’autre que Monsanto ?
* Est-elle dangereuse pour le consommateur, notamment pour le superprédateur que nous sommes ?